Artus : Posters en vente à la boutique | Clark Magazine

Artus : Posters en vente à la boutique

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Pourquoi ai-je déchiré mes dessins nu sans donner d’explications ? Je n’en sais rien. Je l’ai juste fait. Le reste, j’y penserai plus tard. Aujourd’hui je suis amoureux et cela suffit amplement à remplir mon quotidien. Pour le reste… Et bien pour le reste il suffit de regarder ce qui est accroché au mur, les œuvres reconstituées, qui cachent ces phrases dont je ne suis pas sûr, déjà, de bien me souvenir, « en vente à la boutique avec la vidéo de la performance ». Un témoignage brutal de vécu, ou un plan marketing bien conçu ?

Allez savoir.

« - Maybe you are lying to yourself. Did you ever thought of that ? »

« - Everyday »

Et si je n’avais jamais été aussi vrai ? Comme je l’ai toujours été.

PS/ Sur le carton d’invitation on pouvait aussi lire :

« Tout ou Rien (S’adresser en face) »
Galerie AAA
et chez Corinne Cobson - 75 rue Charlot 75003 Paris
Vernissage Jeudi 11 juin de 18h à 21h jusqu’au 21 juin

L’EXPOSITION : « Tout ou rien, vous adresser en face », fait référence à l’art conceptuel des années 70, et à leur engagement politique… Elle prend place entre la galerie AAA et l’Espace  Corinne Cobson, et présente l’univers de l’intellectuel moderne qui a du mal à trouver ses marques dans une société ou l’image à bien plus de poids que les idées qui lui ont permis de naître.

À suivre donc…

Photos par Daniele Tedeschi
Cliquez sur les images pour les agrandir…

Crédits Film
Réalisation : David Ledoux
Camera : Pauline Delwaulle
Camera 2 : Lalo
Son et musique : Arno Ledoux

Site d’Artus : http://artusdelavilleon.com
Site de l’Art Posthume : http://www.artposthume.com



10 commentaires

  1. Maze

    Un plan marketing bien conçu ? Mon cul ! Un moment de tension extrême où tu as ressenti la vie intensément, où tes poumons se sont déployés dans leur cage thoracique, menaçant de te faire exploser ! Exposer ? La perfection est insupportable pour un artiste, tu as recréé la vie là où elle aurait pu s’éteindre comme à la lumière d’un musée. Yeah man ; belle expo.

  2. Moi

    Enorme respect, mec. Continue de nous faire vibrer….

  3. TH

    Au dela des écrans, des re-présentations et des icônes (qu’ils deviennent eux-mêmes ces cons…) Il reste - yeah- des artistes qui grillent leurs couilles a la plancha.

    Bravo Artus.

    et merci

    TH

  4. whitney

    et bien, moi, tes affiches me font trop penser à l’americain là, Lishen je ne sais pas quoi! je ny voie aucune patte perso ou originale. Ca ne m’etonne pas que tu aies besoin de te foutre à poil pour faire exister un minimum ton “travail”. De ton témoignage à la Christine Angot pour théoriser ce que tu fais, je retiens, jai grandit ds un milieu coolos avec une mère chanmée, jai voyagé, vécu comme je le voulais, pas de gros souçis, mes ressucées des 80′ plaisent aux branchouilles qui trouvent là une alternatives aux tablos ikea et autres merdes picturales habituelles encore plus laides, plein de filles me courent aprés et à 40 ans je vais me poser parce que je suis aujourdhui un adulte. Cependant je ne sais plus vers quelle rebellion me tourner, une raison à cela: je nai jamais vraiment TRAVAILLé.

  5. ykygalore

    Whitney tu as le droit de ne pas aimé cependant tu ne sais que ce qu Artus veut te faire croire de sa vie et tu es à côté de la vérité. Il est toujours plus classe de dire que les gens qu on a perdu étaient chanmé afin d’en laisser cette image aux autres ou pour sois même. Quelle importance que ses affiches ressemblent à lichtenstein? c’est bien Artus qui les as dessiné saurais tu le faire? Artus ne peint pas pour être reconnu comme un grand artiste mais simplement afind d’immortaliser des moments de vie afin que nous ne partions pas que comme des grains de poussière et que nos vie aie peut être apporter un petit plus aux autres ou simplement eu une signification absurde, comique, héroique peut importe, simplement quelque chose. Le simple fait que tu ouvres la bouche porte à conséquence, idem si tu écris. Ce qu il fait ce n’est pas du Ikea et quand bien même ça l’était on s’en fout, tu aimes tu aimes pas, c’est un choix mais derrière Artus il y a un mouvement: le skate et une philosophie: l’art posthume.Quand au fait den’avoir vraiment travaillé qui a dit que le travaille voulait dire passer 8h derrière un bureau? La vie par elle même ne t’a t elle pas plus apporté que l’école ou un travail? Artus sait vers quelle rebellion se porter je présume que c’est l impossibilité de vaincre la mort.

  6. ykygalore

    sorry pour les fautes je viens de toutes les voir ces bitches! à force de vivre loin j’en perd mon latin :(

  7. Gey

    J’ai l’impression de voir un “happening” de première année des beaux arts. Je trouve cela ni pertinent ni même rock’n'roll. Mais sans doute que sur place j’aurais peut être trouvé cela amusant.

  8. LN

    Lishen ! LOL !

  9. C’est amusant de voir que ma dernière performance puisse faire un peu faire réagir. Comme je l’ai déjà écrit je ne sais pas trop pourquoi j’ai eu besoin de me mettre à poil et de déchirer mes dessins dans un lieu branché, pas plus que je n’explique les raisons qui me poussent à continuer de travailler dans cette optique « de première année des beaux arts », si ce n’est que mon « travail » se soucie peu de toutes ces critiques. Je fais ce que je crois devoir faire en rapport avec mon vécu et mes aspirations. Le vernissage suivant a eu lieu à la galerie AAA qui était « fermée durant la durée de l’exposition », et se déroulait en face (comme il était indiqué sur la porte) dans la boutique de Corinne Cobson, ou j’avais installé « une cabane de clochard » face à un écran ou on me voyait traverser Paris de dos en Pignon fixe, alors que des phrases issues de film surlignaient mes pensées. Pourquoi fait-on les choses ? Ou plutôt pourquoi fait-on toujours les mêmes choses. Des savants nous diront que le cerveau abîmé reproduit des schémas déficients au gré de liaisons électriques devenues redondantes à force de redites, des amis nous rassureront plutôt en parlant du travail maniaco compulsif de l’artiste en quête de reconnaissance, certains critiquerons une posture qui n’a pourtant rien de feinte, d’autres parlerons d’impossibilité de vaincre la mort. Les plus au courant feront référence au manifeste de l’art posthume qui annonce fièrement que « Notre paresse nous pousse à préférer l’amateurisme au professionnalisme du rien » car « La paresse est la vérité effective de l’homme (Blaise Cendrars) ».
    Que « Le travail n’est acceptable qu’extrême, car travailler, c’est se retirer de la vie ».
    Qu’ « Imiter nos pères pour mieux les dépasser n’est que justice leur rendre ».
    Que « Notre identité n’a que faire de vos peurs ».
    Que « La réalité de nos faire est notre meilleure justification ».
    Et surtout que « Vos doutes ne sont pas les nôtres ».
    Les plus jeunes parlerons de culture skate.
    Mais tous auront besoin de parler.

    Quand à théoriser à la Christine Angot, je ne théorise pas, j’écris des idées qui ne sont pas le support de mes œuvres mes leurs conséquences, une tentative de réflexion sur le faire, et de partage. Mon vécu n’a rien de resucé, et je ne souhaite mes années « de soucis » à personne. Cela dit j’ai effectivement toujours été libre de mes choix, pour autant qu’on le soit par rapport à son vécu justement. J’aime et j’ai aimé et, effectivement l’envie de me poser depuis quelques années me pousse à me questionner encore plus sur ce que nous offre la société en matière de « bonheur ». Je ne me crois pas exceptionnel, ni différent, même si je le suis certainement. Quand à mes dessins qui ressemblent un coup à ceux de Lichtenstein (par la taille), à ceux de Pettibon (par le contenu), ou à ceux de je ne sais qui (par le trait), ceux-ci, vu le succès qui les entourent, doivent bien toucher les gens pour une raison qui me dépasse moi-même et me pousse à continuer ; il ne faut pas sous estimer le désir de ceux qui nous entourent. Si mes velléités me dirigent plus facilement vers la peinture et une autre idée de l’art, ce n’est pas pour autant que j’en oublie, non pas le côté marchand de mon travail mais la générosité de l’échange. L’importance du regard de l’autre. Tous ces obstacles qui ne me mènerons jamais plus loin de moi-même que je ne l’aurais décidé (et c’est peut-être là tout le problème, mais qui sait, peut-être aussi là où tout se passe). Si ce sont « nos prétentions qui font de nous ce que nous sommes », alors autant prétendre en grand.
    Et pour la première année des beaux arts, qui a dit que certains étudiants n’étaient pas déjà des artistes confirmés brimés par des maîtres qui ne comprennent rien ?
    La certitude n’a rien de hasardeux, et elle mérite plus que jamais d’être exprimée, même si ses raisons n’en sont pas claires. Du moins pas encore.
    L’insulte ne vaut rien, et certainement pas pour son caractère de possible.

    Je suis aujourd’hui dans ma grande maison de campagne de Mayenne, après avoir déménagé dans un nouvel appartement, lui aussi très grand, avec ma nouvelle amie. J’ai effectivement bientôt quarante ans, ce qui peut-être considéré par certains comme l’âge de la maturité. Depuis quelques mois je me sens comme délivré, et si je comprend que mon étalage de vécu puisse déranger (il me dérange parfois moi-même) je ne sais comment, ni pourquoi – surtout pourquoi – je voudrais inverser le mouvement. A New York, j’ai lu cette phrase : « It is only when there is no turning back that the journey begins ( C’est seulement quand on a dépassé le point de non-retour que le voyage commence) ». Je crois que les grands artistes sont ceux qui vont jusqu’au bout d’eux-mêmes et de leurs croyances, quoi que ça leur coûte, mais en même temps je me pose la question de la limite entre l’art et la vie – pour autant qu’une telle limite existe puisque l’art fait partie de la vie et, selon moi, est la vie elle-même, ma vie en tout cas. J’ai passé quinze années de mon existence dans un misérable 15m2, je n’ai jamais fait de compromis, même s’il m’est arrivé de faire des concessions, et si j’ai eu souvent peur de ne pas avoir assez d’argent pour manger (« finir le mois ») je ne m’en suis jamais plaint. Ma vie, telle qu’elle a été vécue, a été choisie de bout en bout. Savoir si j’aurais pu faire d’autres choix que ceux qui m’ont mené ou je suis aujourd’hui, compte tenu de mon éducation et de mes croyances, est sans doute l’une des questions essentielles de mon existence, mais elle n’est pas la seule. Si je parle souvent de ma vie, je ne le fais jamais pour justifier mon art, ou pour l’expliquer, mais pour partager ce vécu qui lui est indissociablement lié. Ne prêtant que peu d’attention aux médisances qui m’entourent, et elles sont nombreuses, de mes proches comme de mes « ennemis », on peut dire que j’avance souvent en aveugle, n’écoutant que « ma vérité intérieure ». Savoir si je fais des erreurs ? Qui n’en fait pas ?
    Maintenant pour ce qui est « des branchés », à dire vrai je suis de plus en plus heureux d’en faire partie. Qui n’aurait voulu participer à « la nouvelle vague », aux « existentialistes », aux « punks », ou autres mouvements des années passés, me jette la première pierre, je ne vois aucune différence entre ces groupes et ceux de notre époque. Je suis sans doute là ou je dois être, compte tenu de qui je suis. Je ne crée rien, n’imagine rien de nouveau, mais, comme beaucoup d’êtres de ma génération, sample, copie, réinvente sans aucune honte ce qui a déjà été dit, fait, et pensé. Je rêve de no-copyrights, pour que l’homme puisse enfin grandir en cessant de se battre pour une exclusivité ou une « nouveauté » qui n’a plus aucune raison d’être. Pousser plus loin ce qui a déjà été, annihiler la frustration de celui dont on se moque parce que son travail n’a rien de « novateur », ni de « créatif », parce qu’il est bien plus un artisan qu’un artiste. J’ai tellement de respect pour les artisans et je n’ai jamais caché mes références. Les maîtres et les élèves. Et derrière tout cela l’élitisme de classe qui veut que certains êtres soient jugés meilleurs que d’autres, en vertu de quoi ? Chacun son métier. Le refus du créateur d’être porté aux nues pour un « travail » qui n’en est pas un, son humilité, sa liberté, ses choix. Beaucoup de personnes mélangent création et innovation, mais qui a dit que la création devait être forcément innovante, ou supérieure ? Ceux là même qui décident qu’un être puisse avoir plus de « valeur » qu’un autre, et vilipender celui qu’ils ont jugé inapte ? Et puis, à une époque ou tout le monde se revendique plus ou moins artiste, n’est-il pas temps de considérer que l’art n’est jamais qu’une autre forme donnée au besoin de création de l’homme qui s’exprime dans tout ce qu’il fait, des mouches des pécheurs au logo du graphiste branché.
    Il y a longtemps j’avais lu quelque part « Personne ne peut se targuer d’être le spectateur moyen de son époque ». Nous sommes tous différent, et c’est de cette différence, même dans la « copie », que vient tout ce qui fait la beauté de notre humanité. L’acceptation de l’autre dans ses différences ou ses similitudes. Le nazisme moderne. Mais qui sont ces fameux « branchés » dont nous parlons tant ? Des Bobos ? Des gens issus de classes aisés se prétendant bohèmes, ou des jeunes gens que les métiers de la communication, la société moderne, ont enrichis et réunis ? Malgré mes Ray-Bans, je ne suis pas un bobo, mais un aristo. Artus de… Vieille noblesse, pas nouveau riche. Se réfugiant dans la culture comme d’autres dans l’exploitation des nouvelles ressources humaines…

    J’ai commencé le paragraphe précédent en parlant de mon déménagement dans un nouvel appartement sans spécifier qu’il se trouvait à Pigalle, entre les sex shop, les cars de touristes, Blanche et le quartier populo de la place de Clichy. C’est une délivrance. Toutes ces nouvelles odeurs, le mélange des genres et des personnes, le travello de notre rue qui offre une guitare à Jessica parce qu’elle lui a fait un sourire, les gros Américains qui montent les marchent qui mènent à Montmartre, le vieux qui pose ostensiblement ses DVDs pornos sur le comptoir ou nous prenons un café et fait des gestes obscènes dans notre direction, les morceaux de verre au sol, le très chic supermarché du coin… Loin justement des bobos du Marais, mais pas si loin de ceux d’Abesse ou de la rue des Martyrs. Paris change comme elle a toujours changé. Les jeunes chassent les vieux, les riches les pauvres, mais il reste quand même quelques ilots de résistance « où les gens comme moi » fuient. « Les gens comme moi », la belle blague. Que connais tu de moi toi qui m’insulte ou me regarde de haut ? Que fais-tu de ta vie. Que produis tu en dehors de ta bile ? De quel droit me juges-tu et sans doute juges-tu tout le monde ? Quel âge as-tu et que fais-tu de ta vie ? Je n’apprécie ni l’œuvre de Christine Angot ni le ton qu’elle emploie, et pourtant je respecte son travail. Je suis né d’une rencontre entre une ex-prostitué et un journaliste, ma vie a tout été sauf simple, mais j’ai aussi appris très jeune ce qu’est la différence et ce qu’il en coûte d’échoir dans la marginalité. Je n’ai jamais choisi de faire partie d’aucun groupe, mais par mon travail ou mes loisirs ai été assimilé par des gens qui longtemps s’étaient moqués de moi, les skateurs, les branchés, mais je ne leur en tient pas rigueur, seule la connerie me débecte, la connerie de ceux qui rejettent sans prendre la peine de comprendre, ni de savoir de quoi ils parlent. Ceux qui mettent dans des cases. Journaliste, ex-prostitué, coolos branchouille quarantenaire skateur artiste.
    L’un des meilleurs amis de ma mère avait écrit sur un mur : « ne travaillez jamais », mon beau-père, lui, pense que le travail est un droit, non un devoir, pour lequel des gens se sont battus. Respecter autrui commence par essayer de comprendre ce qui fait d’une personne une personne. Aujourd’hui dans une grande maison à la campagne, hier dans un minuscule appartement, demain qui sait ? Certainement pas en train de me justifier en tout cas.
    Vivant.

    artusdelavilleon.com.

  10. Assis dans mon salon, je ressasse. J’essaye d’écrire encore et encore mon quotidien sans savoir ni pourquoi, ni réellement comment. J’écris. Devant moi une porte grande ouverte sur une cour intérieure remplie d’arbres de tout genres et espèces. Un petit Paradis au cœur de Pigalle, dans la rue à putes et à travestis, juste à côté des bars de charme et des salons de massage thaï. Juste à côté du mc Do et des cars de touristes. Mon chat miaule, il a faim, et Jessica est partie faire sa vie. J’avais envie d’aller au musée du quai Branly avec elle, mais elle a décidé qu’aujourd’hui serait une journée sans. Nous passons trop de temps ensemble, à tel point que nous nous demandons si c’est une bonne idée de partir en vacances ensemble. Un mois au Maroc dans la grande maison de Ramdane. Après avoir parlé de ma « misérable » vie dans mon 15m2 carré, me voilà dans un espace si grand que je m’y perds avec des voyages à l’étranger et de l’argent sur mon compte en banque, une copine et des projets communs malgré les petites disputes et réorganisations des débuts.

    Hier, j’ai construit une table avec des morceaux de bois récupérés par l’un de nos colocataires. J’ai vernis, poncé, assemblé. La table sent bon l’encaustique, elle aussi est très grande. L’odeur me fait penser à Jasper Johns et au pop art, à ce spectacle que j’ai été voir avec ma nouvelle copine, à Saint Eustache, ou ils passaient « 13 most beautiful » portraits de Warhol sur un écran géant tendu au cœur de l’église. Un spectacle très impressionnant que je n’aurais pas été voir seul.

    Hier aussi, nous avons mangé avec l’un de ses amis, son petit frère comme elle l’appelle, qui se destine à une carrière de curator d’exposition. Alors qu’ils parlaient de la biennale de Venise et des gens qu’ils y avaient rencontrés, je me disais que j’étais tout bonnement incapable de voir les gens pour des raisons uniquement professionnelles et que ma carrière, par voie de fait, était mal engagée. Mais en même temps, je réalisais que rien n’était plus moi que ce déni et à quel point cela me peinait que l’on me croit connecté parce que trois au moins de mes amis font partie de l’un de ces réseaux qui « gouvernent le monde », des leaders d’opinion comme on les nomme. Gouverner le monde ne m’a jamais intéressé. Être heureux, vivre, écouter de la musique, manger, faire du vélo ou du skateboard, voyager, me laisser porter par le hasard. Dans ses entretiens quelqu’un dit à Warhol qu’il « subissait sa vie », lui répond qu’il aime beaucoup cette idée. Je ne sais pas si j’aime l’idée de choisir ma vie puisque je pense par ailleurs ne jamais rien faire que je n’ai pas envie de faire.

    L’autre jour, en revenant aux sources de mes décisions d’artiste j’écrivais :

    - Qu’est ce qu’un artiste ?

    - Quelqu’un qui poursuit toute sa vie sa vérité intérieure.

    - L’art ?

    - Donner forme à l’espace qui nous sépare.

    - L’art posthume ?

    - La trace brutale d’un vécu.

    - La vérité ?

    - Se connaître soi avant d’aller vers les autres.

    - La sincérité ?

    - Aller vers les autres pour se connaître soi.

    - L’éthique ?

    - Vivre ses croyances.

    - La morale ?

    - Vivre les croyances d’autrui.

    - La pratique de l’art ?

    - Intégrité, vérité, rien n’est gratuit, le risque.

    - L’œuvre ?

    - Entre.

    Il y a ce bouillonnement en moi, cette volonté parfaite que je n’arrive pas à taire. L’archivage du quotidien.

    Avant hier, j’étais tellement fier d’avoir jeté des papiers qui traînaient au fond de ma poche, et de ne pas les archiver comme je le fait d’habitude dans l’une de mes fameuses boites, que je me suis demandé si mon comportement artistique n’était pas la forme la plus sage donné à une forme de folie. Comme ces clochards qui ramassent nos rebuts dans la rue et les conservent dans l’idée de leur donner une nouvelle vie. S’identifiant sans doute à ces déchets comme d’autres à leurs souvenirs.

    Sur un site internet un inconnu a pris partie contre moi et a écrit que je n’avais jamais eu de gros soucis et que je n’ai jamais vraiment travaillé, comme une insulte. Il se trouve que le fondement de mon travail se trouve justement en relation directe avec ce que j’ai pu vivre dans mon passé, avec le milieu « coolos » d’une époque à laquelle peu de puristes ont survécu, et avec la philosophie de Guy Debord que ma mère a tenté d’appliquer toute sa vie (« ne travaillez jamais »). Comment être un enfant des années soixante dix (et pas 80), et vivre aujourd’hui. Comment accepter « ce monde qui nous détruit » (graffiti sur le mur en bas de chez moi). Je sais, je me répète, encore et encore et encore, et me lire ne sert pas à grand chose. D’après mes proches, c’est déjà incroyable si vous en êtes arrivés ici. Chaque texte que je commence est à reprendre à zéro. Dès les premières lignes on sait déjà de quoi je vais parler, aucune surprise, le quotidien est le quotidien et les références toujours plus ou moins les mêmes. Comment en changer. Comment changer de vie. Et surtout le veut-on ?

    Dans la biographie de Laurent Fignon, le dernier ouvrage qui m’a intéressé, j’ai noté un certain nombre de phrases que je vais citer ici dans l’ordre de ma lecture :

    « Il faut comprendre pour juger, mais comment juger quand on a compris ? Je ne saurais dire où j’ai entendu ces mots. Sans doute dans la bouche d’un juriste. Ou celle d’un avocat. En tout les cas de quelqu’un qui a réfléchi à la complexité de la vie. »

    « À l’image d’un spectacle qui n’est rien s’il n’est pas partagé, un physique en pleine croissance qui tend vers la perfection et l’énergie la plus impressionnante ne sont rien s’ils ne fusionnent avec l’esprit. Parfois certaines manifestations de son corps ne correspondent pas au silence qu’il impose. On peut souffrir en secret comme on peut jouir de sa domination absolue sans le moindre cri. »

    « C’était l’époque ou je méditais souvent sur l’une des plus étonnantes phrases de Jacques Anquetil : « Si tu ne fais que vaincre, tu as ton nom dans les statistiques. Si tu convainc, tu entre dans le livre de l’imaginaire ». »

    « L’heure était arrivée. Les vainqueurs allaient incessamment s’effacer derrière les gagneurs. Nous étions les inventeurs d’un système qui offrait aux sportifs les pleins pouvoirs : nous en étions les victimes. »

    « (…) j’ai lu des pages de René Char. « La lucidité est la blessure la plus rapprochée du soleil ». »

    « Il ne faut jamais repousser un geste symbolique quand il se présente, même dans l’infinie tristesse. Sinon, ensuite, on court toujours après, on cherche comparaison ou réparation, comme un supplément d’âme, éternelle course contre la montre. Et les contre la montre ça nous connaît nous autres les cyclistes : on les dispute en solitaire… »

    Le cyclisme, le pignon fixe, Paris, la rue, le skateboard, déraper entre les voitures à la limite du point de chute, sentir le danger, avoir été un champion, le roller, voler dans les airs, tout oublier pour n’avoir plus en tête que la figure, la position du corps, l’exploit.

    Puis un livre de Ballard sur « les conséquences extrêmes de la logique ultra sécuritaire », « Sauvagerie », daté de 1988. Et Warhol donc à St Eustache, allongé par terre avec Jessica, les yeux rivés à l’écran, puis au plafond de la cathédrale, à 33 mètres de nous, main dans la main, saisi par l’émotion et la musique de Dean and Britta. L’émotion. Les influences.

    Y a t-il de mauvaises lectures, de mauvais spectacles ? Plein, ceux qui ne savent pas nous saisir. Je crois mon art capable de saisir, mais je sais aussi qu’il est temps que je me réinvente, mais pour aller ou, faire quoi ? Devenir célèbre ? Dans « Bronson », le prisonnier le plus dangereux d’Angleterre on peut entendre : « L’ambition est la vertu des grand hommes ». L’ambition, la prétention, la dignité et l’humilité, l’ennui qui me saisi parfois, l’envie de dormir, m’allonger, fermer les yeux. D’où me vient cette impression d’avoir quelque chose à dire qui concerne tous les hommes et ce ton qui est le mien, cette certitude de ne jamais faire un faux pas, ou plutôt de ne jamais aller à l’encontre de ce qui me fait moi. Mais le regard qui juge des proches comme des lointains, qui s’inquiète et qui remet en question. Mon regard sur moi même. Toutes ces lectures.

    Un ami doit me rendre visite. Faim.

    La table sur laquelle j’écris est magnifique. L’appartement dans lequel je travaille maintenant grandiose, et j’aime à nouveau. Que demander de plus ?

    Tout… ou rien ?

    Jusqu’au bout. Toujours.

    La suite sur artusdelavilleon.com/blog

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