ROCé - Chronique | Clark Magazine

ROCé - Chronique

roce-cover-album1

On était prévenu. Déjà, fin 2009, bien avant la sortie de l’album “L’Etre humain et le réverbère” prévue le 8 mars (Big Cheese records), ROCé nous posait en préambule sur son premier extrait : “Je suis un des rares trentenaires à rapper comme un adulte” (Si peu comprennent). Comme on le comprend. Et, comme on le confirme : qui aujourd’hui dans le rap français peut se targuer d’avoir la liberté d’expression et la qualité musicale d’un Rocé ? Peu, forcément. 3 albums, 3 disques à posséder et à constamment redécouvrir tant leur écoute possède une identité propre et des niveaux. Voilà un artiste en mouvement constant qui compte beaucoup aujourd’hui sur la scène française : un rappeur qui observe, pense et décrit, toujours à la recherche de nouveaux challenges, se remettant en cause et se dépassant à chaque sortie. Flow soutenu et flot rapide, écriture dense et complexe, Rocé demande une pleine attention de la part de ses auditeurs. Il le disait dans son interview (Clark magazine #40) : “Au quotidien, je suis quelqu’un de très posé, mais dans ma tête je suis très téméraire. J’ai envie d’aller dans des chemins qui n’ont pas été défrichés. J’aime l’action cérébrale et la prise de risque“. Voilà sans doute sa différence. Jamais, Rocé ne cherche à épater la galerie ni à prouver quoi que ce soit. Pas besoin. Son rap, sa musique, ses publics (”Je suis quelqu’un qui reste fidèle à mes publics, publics au pluriel“) il les connaît sur le bout des doigts : sur cet album, il reprend son combat des idées pertinentes scandées contre la médiocrité et la mauvaise foi ambiante. Une démarche, influencée notamment pour son goût prononcé pour la poésie, qu’on apprécie forcément en ces temps de disette… Fait notable : Rocé a cette fois produit la totalité des 12 titres, armé de sa MPC, parfois aidé d’un bassiste et d’un deejay. Une production légère, spontanée, artisanale mais terriblement efficace, sur laquelle ses paroles font mouche à tous les coups portés.

Tiens, au fait, “L’Etre humain et le réverbère“… Pourquoi un tel titre ? Là encore, Rocé nous interpelle avec force et raison : “L’être humain et le réverbère”, c’est un éloge au déplacement. Aujourd’hui je trouve que l’être humain est devenu immobile comme un réverbère. Il est là pour éclairer, avec les seules petites connaissances qu’il a, ce qu’il connaît déjà. C’est une incitation à voir ce qui se passe ailleurs. Dans une époque où l’on a cette possibilité de voyager vite et loin, on reste enfermé dans nos schémas de pensée. On va à l’autre bout du monde sans réussir à se détacher de notre culture et de notre matrice.” (Clark magazine #40). On avait beaucoup apprécié son clip du morceau “Si peu comprennent” tourné “dans un entrepôt à l’abandon dans lequel il y a des milliers et des milliers de vinyls. C’est un lieu où l’on n’a pas le droit d’aller, c’est pour cela qu’on y est allé avec peu de moyens techniques. Le peu de matériel fait que l’image du clip est crade. C’est un lieu prisé, certains savent qu’il existe mais ne savent pas où il est, d’autres ne savent pas qu’il existe, et très peu savent qu’il existe et où il est ! L’objectif était de montrer que ce lieu existe et de réussir à y pénétrer en en ressortant des images. C’est un lieu qui officiellement n’existe pas, on pense qu’il a appartenu à EMI au début des années 80. EMI y a entreposé ses palettes de disques vinyls à l’arrivée du CD. Je ne peux pas en dire plus sur cet endroit.
roce
Chez Clark, on a aussi beaucoup apprécié la pochette de cet album de fond et de forme, avec cette jolie photo noire et blanche de lui en demi-teinte signée Jean-Baptiste Mondino. Explications donnés dans son interview : « Jean-Baptiste Mondino avait adoré “Identité en crescendo” et la toile qui illustrait le disque (toile réalisée par Jay One, ndr). Mondino est quelqu’un qui a une culture musicale gigantesque. On a été amené à parler musique ensemble. Je lui expliquais mon côté tortueux, le fait que je ne voulais pas me montrer sur les pochettes de mes disques. Mondino a pris cela comme un challenge, il m’a dit « on va faire en sorte qu’on te voit et que ça te plaise ». »
L’Etre humain et le réverbère“, 3ème album de Rocé que nous vous conseillons vivement, contient une rage d’expression et une beauté créative qui font à nouveau la différence. Et ça tombe bien, on va pouvoir le vérifier sur scène : le rappeur part en tournée avec une première date à Paris au Nouveau Casino le 18 mars pour ensuite un tour de France bien à lui, qui devrait bien entendu vous permettre de mesurer toute la portée des idées de l’artiste nécessaire qu’est Rocé.

Retrouvez toutes les infos sur l’album et sur la tournée de ROCé ici.

ROCé L’Etre humain et le réverbère” (Big Cheese Records)
Site officiel : http://www.rocemusic.com



Un commentaire

  1. ifalas

    Une des meilleures sorties musicales de l’année 2010, une leçon de Rap, d’humanisme, de sociologie et de philosophie, de l’art en somme
    Rocé est grand.

Ecrire un commentaire




Votre commentaire :